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Frédéric Saldmann : «L’hygiène de vie a été trop négligée»

INTERVIEW – Docteur en cardiologie et en nutrition, spécialiste d’hygiène alimentaire, Frédéric Saldmann défend l’application de moyens simples et naturels pour préserver sa santé.

Pourquoi nombre de médecins estiment-ils que nous nous trouvons à un tournant en matière de prévention pour la santé?

En fait, nous sommes à la fois dans le futur et dans le passé. Dans la Chine ancienne, les gens allaient voir leur médecin quand ils étaient en bonne santé et ils le payaient. Si un jour, ils tombaient malades, on allumait une lanterne rouge à l’entrée du cabinet du praticien, et cela voulait dire qu’il avait failli. Alors, il n’était plus payé. Aujourd’hui, la médecine préventive, qui a longtemps été laissée sur le bas-côté, monte en puissance de façon phénoménale. Nous sommes passés d’une vision du XXe siècle, un symptôme égale un médicament, à une anticipation des choses qui rejoint la vision millénaire de la médecine chinoise. Si nous constatons cette évolution, c’est parce que nous disposons de nouveaux moyens. Si quelqu’un m’avait dit, pendant mes études de médecine, que nous verrions le corps comme il apparaît avec l’IRM ou avec un PET scan (méthode d’imagerie médicale qui permet de mesurer en 3D l’activité métabolique ou moléculaire d’un organe, ndlr), je ne l’aurais pas cru. Ces évolutions d’observation, la multiplication des marqueurs, des connaissances scientifiques, d’outils de diagnostic: tout cela nous permet d’être de plus en plus brillants en médecine préventive, alors que la médecine curative reste plus laborieuse. C’est une révolution spectaculaire, dont on mesure encore mal les conséquences.

Sur quoi repose une prévention efficace?

D’abord, sur cette évolution des outils qui permet de voir de plus en plus en amont. Mais cela ne suffit pas. L’épigénétique vient compléter cette évolution. Elle montre que notre mode de vie influence directement l’expression de nos gènes. Pour imager, disons que l’on naît avec un clavier de piano, les touches blanches sont les bonnes, les touches noires, les mauvaises. Une personne qui appuie très souvent sur les touches blanches vivra mieux et plus longtemps qu’une autre, dont le capital génétique peut être meilleur, mais qui appuie beaucoup plus sur les touches noires. L’important, ce n’est pas ce que l’on a fait de nous, mais ce que l’on fait nous-mêmes de ce que l’on a fait de nous.

La prévention serait-elle d’abord l’affaire du patient?

Oui. Celui qui décide, c’est le patient. Le médecin est devenu un partenaire. Je suis surpris quand je vois des gens accepter d’apporter leur voiture une fois par an chez le garagiste pour une révision, et qui ne font jamais un check-up. Leur santé est-elle moins importante? Il faut accepter, à plus de 40 ans, d’être très minutieux sur sa santé. Les pièces sont un peu usées et elles risquent de lâcher! Je vois trop de gens continuer à vivre comme s’ils avaient 20 ans, manger comme des bûcherons alors qu’ils ont des vies de secrétaires, qu’ils sont devenus sédentaires. Adapter son mode de vie est essentiel. On me cite souvent l’exemple de Winston Churchill, allergique au sport, buveur et fumeur, et à la longévité exceptionnelle. Mais on oublie de préciser qu’il a eu des infarctus et des malaises fréquents. Qu’une personne présente une constitution exceptionnelle, cela arrive. Cela ne constitue pas pour autant une preuve médicale.

Quel est le premier conseil pour éviter de tomber malade?

L’hygiène de vie est un ensemble qui a été trop longtemps négligé. Si l’on suit des règles de prévention connues, on change le cours de son histoire. Cela commence par la nutrition. Il faut écouter son corps et manger quand on a faim. Se mettre à table sans appétit est pour moi une aberration.

Personnellement, je m’intéresse au jeûne séquentiel, qui consiste à prendre deux repas quotidiens au lieu de trois, dans la mesure où il n’y a pas de contre-indication médicale. Pendant douze à seize heures, on ne boit que de l’eau, du thé ou des tisanes. Si je préconise ce jeûne séquentiel, c’est parce qu’en le testant sur des souris, les chercheurs ont constaté 20% de cancers en moins. Cela réduit aussi l’asthme, les allergies, les rhumatismes. On réactive en soi un fonds biologique ancien -manger trois fois par jour, c’est très récent- et on renforce son ADN tout en luttant contre l’obsolescence programmée. On laisse au corps le temps de se réparer, de se régénérer, car le travail de digestion est un vrai bazar, extrêmement lourd et énergivore pour notre organisme. En France, aujourd’hui, plus personne ne meurt de faim. En revanche, on meurt d’excès. 30% de calories en moins, c’est 20% de vie en plus.

Manger moins, d’accord, mais aussi manger mieux, et c’est extrêmement compliqué de s’y retrouver dans tous les conseils…

«A 50 ans, on n’a plus les mêmes besoins énergétiques qu’à 20 ans. Réduire les quantités, manger des fruits et des légumes, un peu de protéines… et arrêter de se fixer sur les calories.»

Il est vrai qu’en nutrition, les messages sont contradictoires. Il faut s’attacher d’abord aux concepts généraux. La cuisson, par exemple, est très importante. Manger des aliments brûlés, c’est parfois équivalent à fumer un paquet de cigarettes! Il faut l’éviter. Eplucher une pomme, c’est 90% de pesticides en moins. Alors, pourquoi hésiter? Dans le choix des aliments, il est évident qu’il faut fuir le sucre. Ensuite, il faut faire évoluer son alimentation. A 50 ans, on n’a plus les mêmes besoins énergétiques qu’à 20 ans. Réduire les quantités, manger des fruits et des légumes, un peu de protéines… et arrêter de se fixer sur les calories. Prenez une part de pastèque et un avocat. La pastèque, 24 calories, formidable! Mais la pastèque fait sécréter au pancréas plein d’insuline pour assimiler le sucre. Cela crée un état inflammatoire, et les sucres se transforment en graisses. L’avocat, lui, est beaucoup plus riche en calories, mais son indice glycémique est au ras des pâquerettes, donc pas d’insuline sécrétée, une bonne satiété, et en même temps, un effet anti-inflammatoire formidable. Si vous prenez ce que j’appelle un «taudis calorique», genre burger-bacon-frites-ketchup, et que vous mangez avec ce déluge un avocat, ce dernier va réduire de 30% l’inflammation digestive. Cela est important car l’inflammation est la porte des maladies.

Qu’en est-il du sommeil?

Il faut sept à huit heures de sommeil par jour. Si un adulte dort plus de neuf heures par jour avec moins de deux heures trente d’activité physique par semaine, il multiplie par quatre les risques de mort subite. C’est énorme! Dormir trop peu augmente en revanche les risques de diabète et d’accident cardio-vasculaire. Il faut donc trouver le juste équilibre, et sans passer par la case somnifères. Les Français en prennent trop, alors que ces médicaments donnent un sommeil peu récupérateur et accentuent le risque d’Alzheimer. Il vaut mieux accepter de ne pas bien dormir une nuit. La nuit suivante sera la bonne. Bien sûr, il faut dormir dans le noir absolu, quitte à mettre un masque d’avion.

La chambre doit être fraîche, dormir nu est recommandé, et on peut prendre une douche froide qui va faire baisser la température du corps. La literie est aussi importante. Au bout de deux ans, 10% du poids d’un oreiller est constitué de cadavres et de déjections d’acariens! Ça vaut donc le coup de le changer régulièrement, non? Ensuite, la qualité du sommeil est aussi liée à ce que l’on fait dans la journée. Marcher une demi-heure en pleine lumière, par exemple, se révèle très efficace. On règle ainsi les cycles de mélatonine naturels. Cela est d’autant plus important en période automnale. La lumière est un formidable antidépresseur et consolide le sommeil. Enfin, l’activité physique est évidemment excellente pour bien dormir.

Le problème de l’activité physique quotidienne, c’est de trouver le temps…

Je n’adhère pas à cette idée. Il faut faire du sport tous les jours. Une demi-heure, c’est bien; une heure, quand on est à la retraite, c’est mieux. Marcher est suffisant, à condition de ne pas s’arrêter et de forcer un petit peu. L’argument du manque de temps, je l’entends souvent chez mes patients. Je leur demande alors combien de temps ils passent au téléphone ou devant la télévision. C’est toujours plus d’une heure. Alors, ma recette est simple: un vélo d’appartement et vous traitez vos e-mails ou vous regardez votre film en pédalant! Je le fais personnellement, le matin. J’appelle cela mon «deuxième bureau». Trente minutes d’exercice physique réduisent de 40% les risques de cancer, de maladie d’Alzheimer et de maladies cardio-vasculaires!

Je suis persuadé que c’est aussi avec des idées simples d’hygiène de vie, comme arrêter de se serrer la main en période de gastro-entérite, que l’on fera avancer les choses. On a mis ces idées de côté car les antibiotiques, pendant des années, s’avéraient la solution à tout. On voit l’erreur aujourd’hui avec l’antibiorésistance. Il faut se remettre en tête que la médecine préventive, c’est bien sûr de la détection très avancée grâce aux progrès de la recherche et de l’ingénierie médicale, mais aussi l’utilisation améliorée de nos ressources personnelles pour nous défendre.

Votre santé sans risque, du Dr Frédéric Saldmann, Albin Michel, 270 p.

 

Christophe Doré, Le Figaro, 10/11/2017

http://premium.lefigaro.fr/sciences/2017/11/10/01008-20171110ARTFIG00053-frederic-saldmann-l-hygiene-de-vie-a-ete-trop-negligee.php

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